Entrevue sur Climats et fractures

Bonheur d'occasion,

L’année dernière, tu as exposé sur le thème des réfugiés. Cette année, l’exposition porte sur l’impact des changements climatiques sur les territoires et les populations. Pourquoi ce thème ?

L’exposition sur les réfugiés s’intitulait Territoires interdits. Mes tableaux évoquaient les territoires dont j’entendais parler dans les médias sur la crise des réfugiés dans les Balkans, la mer Égée et la Méditerranée. Je n’avais pas de personnages, seulement des formes, des textures et des couleurs qui évoquaient les montagnes, les frontières, les barbelés, la mer, les bateaux de fortune… J’avais intégré à l’exposition des extraits de chansons, de poèmes et d’articles qui traitaient des réfugiés et des migrants qui se voient obligés de quitter leur pays pour des raisons politiques et économiques.

Cette notion de déplacement m’a touchée. L’automne dernier, j’ai commencé une nouvelle production sur le thème de l’environnement, un sujet qui me préoccupe beaucoup, et j’ai choisi d’intégrer des formes humaines dans des territoires « impactés » par les changements climatiques.

 Quel a été ton point de départ pour créer ces nouveaux territoires et y intégrer des personnages ?

Tous les jours, on peut voir dans les médias des images et des scènes d’inondations, de sécheresse, de pollution, d’ouragans, de fonte des glaciers, etc. Ces images fortes frappent l’imaginaire et nous interpellent : comment les populations vont-elles s’adapter à la pression écologique et climatique sur leur milieu de vie, en bord de mer, avec la montée des eaux, ou dans les plaines, avec les terres et les lacs qui se dessèchent ?

La photographie est le meilleur moyen de montrer ces nouvelles réalités… donc j’ai choisi d’exprimer ce que je ressentais en pensant aux territoires, à partir des quatre éléments – l’air, la terre, l’eau et le feu – dans une perspective de changements climatiques. J’ai placé mes personnages, qui sont en fait des collectivités, dans ces environnements fracturés, déchirés, déconstruits. Dans leur environnement hostile, mes personnages sont parfois en migration, parfois prisonniers. Malgré la tension et l’incertitude, il y a un fond d’espoir, car mes tableaux sont très colorés et lumineux.

 Comment décrirais-tu tes tableaux ?

Ce sont des collages. J’ai continué à peindre à l’acrylique, mais j’ai exploré l’encre de Chine. Je fabrique des papiers texturés et colorés, que je déchire, à partir desquels je compose mes tableaux. J’avais d’abord conçu Climats et fractures pour la verrière de la Maison du développement durable, à Montréal, soit dix tableaux 36 x 48 po et 30 x 60 po., en voulant créer une fresque qui s’intégrerait à la verrière de leur Atrium, un peu comme dans une église…

Comme mon projet n’a pas été retenu, je me suis retournée vers la Librairie-galerie Bonheur d’occasion, où j’avais déjà exposé, et en y ajoutant cinq œuvres sur papier. À l’accrochage, j’ai été surprise – et très contente – de voir l’effet verrière dans mes tableaux. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai fait un peu de vitrail, il y a plusieurs années, que j’obtiens des effets similaires à des vitraux. Je découvre de plus en plus l’importance d’exposer dans un lieu public : nos œuvres sortent de notre imaginaire et doivent sortir de notre atelier !

Après un parcours professionnel en communication et en politique municipale, pourquoi peindre ?

J’aime l’art, les musées, les galeries. Depuis 2014, j’ai trouvé une nouvelle forme d’expression et d’engagement. Comme j’ai toujours aimé participer à la vie publique, l’art est un moyen extraordinaire pour intervenir et interagir. Je suis de près l’actualité et je choisis des lectures qui alimentent ma réflexion politique.

Pour Climats et fractures, j’ai rencontré l’automne dernier, à Kamouraska, Roméo Bouchard, auteur de Survivre à l’offensive des riches, un livre qui situe très bien les enjeux environnementaux de l’heure. J’en ai intégré un extrait à mon exposition, ainsi que des textes de Nelly Arcan, Louise Vandelac, Jean-Luc Mélanchon et Natasha Kanapé Fontaine. Pour ma part, j’ai trouvé dans l’art un nouvel espace de liberté, d’engagement et de solidarité.

Entrevue réalisée par Lise-Anne Bernatchez, ginkolab.ca 

 

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