Textes de l’expo Climats et fractures

Quelques textes accompagneront mon exposition Climats et fractures :

Jamais soleil n’avait paru plus près de la Terre qu’en ce jour-là. Il faisait même peur à voir, donnait l’impression de s’être agenouillé, prosterné sur le corps de Montréal en géant débile qui méconnaît sa force.

Depuis quelques années, Julie était tourmentée par le climat, par la température qui n’était plus seulement un sujet de conversation mais une expérience quotidienne, rontiétante à la longue parce que derrière se profilait l’emballement, ce galop de destruction.

Un jour elle écrirait un scénario sur ce que les gens ont à dire de cette nature qui ne suit plus les mécaniques horizontales et solidement ancrées dans la lenteur de son évolution, cette nature qui, au contraire, a décroché de ses hauteurs pour aller dans le sens du bas, qui a rompu avec la distance et qui, sait-on jamais, finira par s’asseoir dans la vie des hommes et devenir le centre de leurs pensées en tant que clémence ou naufrage, se réappropriant le caractère divin qu’elle a déjà eu, et qu’on lui a ravi. C’est important de le dire tout haut, pensait Julie.

Nelly Arcan, À ciel ouvert, Éditions du Seuil, 2007

Les yeux rivés dans le rétroviseur, nous commençons à peine à constater l’ampleur des dégâts, et nous imaginons encore bien mal l’incroyable maelström qui monte à l’horizon ! Comment alors se désengluer des vieux schémas de production-consommation centrés sur l’absurde croissance infinie, auto-instituée en quasi-finalité par cette boussole du PIB ayant littéralement perdu le nord ? Aveugles aux enjeux inconscients qui traversent l’époque, nous nous épivardons entre urgences, distractions et fantasmes, alors que le temps s’esquive, bégaie et fait d’étonnants saltos arrière. Or le temps nous est compté et risque de manquer pour remonter aux racines de ce présent menacé et pour y trouver des voies de passage vers ce futur si incertain. (…)

En dépit de l’inquiétude sourde et diffuse devant ce qui advient, plusieurs sociétés, parmi les plus riches et les plus voraces, accélèrent encore le pas ! Par ignorance, aveuglement idéologique, cupidité, dysfonctionnements institutionnels ? Avides et soumis, certains gouvernements tentent encore, sous de fallacieux prétextes économiques, de privilégier les exploitants d’hydrocarbures les plus sales, au détriment de l’incontournable transition énergétique et de la protection de l’environnement et de la santé, au risque de tous y perdre la tête, l’air, les eaux et le climat…

Louise Vandelac, Et si l’avenir s’échappait, Revue Liberté, printemps 2017

Nous sommes de plus en plus nombreux à porter la voix du changement. Restons solidaires, au-delà de toutes frontières. Participons à l’éveil démocratique, à ce nouvel élan bâtisseur et créateur qui se porte à la défense du bien commun, de l’intérêt général, et qui milite sous de multiples formes avec courage pour la suite de notre monde.

Manifeste pour un Élan global, 2015

Nous sommes contemporains d’un changement complet de la trajectoire de l’histoire de l’humanité. Trois grandes bifurcations du monde s’opèrent sous nos yeux. Celle d’une civilisation humaine confrontée à l’explosion du nombre de ses membres. Un changement climatique irréversible. Un retournement de l’ordre géopolitique. Ce nouvel épisode de l’histoire de la civilisation humaine fonctionne comme un défi.

L’ordre établi poursuivra-t-il sa marche jusqu’au désastre dont il réunit toutes les conditions ? Ou pourrons-nous en changer à temps la trajectoire ? (…)

Pour ma part, je suis à la recherche d’un mot qui permette de situer une communauté d’intérêt général propre à toute l’humanité par-delà toutes les frontières et identités culturelles ou sociales. Je vois notre point de vue comme celui d’un nouvel humanisme radical dans le sens où il s’adresse à l’humanité en tant que telle et du point de vue de sa survie comme projet global. C’est pour cela que je place notre campagne de 2017 sous l’angle de « l’intérêt général humain ».

Jean-Luc Mélanchon, L’ère du peuple, Éditions Pluriel 2015

J’ai pleuré, pleuré la déesse

ils construisent partout des pipelines ils oublient

on s’appellera « bois de pétrole »

« vagin de javel » « tu veux mon

pipeline dans ta bouche? » diraient les autres

Si ce n’est pas moi

oui j’irai manger Enbridge

et tous les autres sales carboneux

parce que j’ai famine

parce que j’ai famine de vivre

Natasha Kanapé Fontaine, Manifeste Assi, Éditions Mémoire d’encrier 2014

Notre système de production et de consommation nous conduit à un réchauffement catastrophique du climat, à un dépassement irréversible des limites de notre planète et à un déséquilibre explosif des rapports entre les peuples. La croissance illimitée et irresponsable que ce système nous impose, le plus souvent au détriment des besoins réels, l’impuissance et l’insignifiance dans lesquelles ils nous enferme mettent en danger notre survie comme espèce humaine ainsi que le maintien des conditions nécessaires à la vie sur cette planète. En somme il est à l’origine d’un dérèglement général de la nature et des écosystèmes de notre planète. (…)

Le libre-échange est un protectionnisme pour les riches. La nouvelle notion de souveraineté est le fondement de la résistance à la mondialisation. Cette résistance se traduit par le slogan : «  Le monde n’est pas une marchandise ». Actuellement, les Grecs disent : « Notre terre n’est pas à vendre, nos biens ne sont pas à vendre, nos vies ne sont pas à vendre. » Qui parle ? Les peuples. Revendiquer la souveraineté des peuples est la première étape de la souveraineté alimentaire, de l’eau ou des semences. Mais il y a une seconde partie : les peuples revendiquent le droit de protéger la Terre, et non celui d’abuser d’elle comme d’autres la maltraitent. Ainsi la souveraineté des terres, des semences, des rivières rejoint la souveraineté des peuples. Avec la responsabilité de protéger ce cadeau de la Terre et de la partager équitablement.

Roméo Bouchard, Survivre à l’offensive des riches, Les Éditions Écosociété 2016

 

 

 

 

 

 

 

 

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